Atelier Culture science et technique - OUVERTURE D'UNE DISCUSSION SUR LE PROJET DE TRAVAIL !!!

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Questions et premières réponses

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1 Questions et premières réponses le Lun 18 Juin - 12:42

Sylvie

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Admin
Questions pour lancer l'atelier par Janine Guespin
Pour une Culture scientifique et technique ?



Dans le petit livre « quelle humanité voulons nous être ? Un projet pour l'art, la culture et l'information », édité par le front de gauche de la culture, le chapitre 7 mentionne à deux reprises les questions scientifiques, comme devant être du ressort du service public de la culture. « La loi redéfinira le périmètre du développement artistique et culturel en étendant la dimension institutionnelle de la culture à l'ensemble des activités humaines, artistique, scientifiques, techniques, économiques et sociales. »(p83) et encore « L'état...doit avoir les moyens d'assurer les missions et responsabilités qui lui sont propre...Cette exigence vaut pour tout un ensemble de domaines : les politiques nationales des musées...les politique scientifiques ... »(p84). Pourtant ce terme n'apparait nulle part ailleurs dans l'ouvrage.

Cette absence interpelle, elle est l'indice d'un problème et d'une vraie difficulté.

Culture, culturel...que de significations diverses et parfois sans aucun rapport. Cultures maraichères, culture Maya, culture physique, un homme de grande culture, la défense de la Culture, la culture générale, la culture du secret, la culture scientifique et technique, la défense et promotion de l'art et de la culture, le programme culturel d'une MJC, le grand public cultivé, combien d'autres encore...
Or, en France, d'une part, le terme « culture scientifique et technique » ne se rattache que rarement à ce qui se dénomme « La Culture » et d'autre part la « culture scientifique et technique» des citoyens est notablement insuffisante.

C'est pourquoi le front de Gauche de la Culture a décidé d'ouvrir un atelier pour affronter la question de la culture scientifique et technique. Le texte qui suit se veut une incitation à participer à cet atelier. Les questions ne visent qu'à faciliter l'ouverture du débat. Nous proposons à tous ceux qui souhaitent intervenir dans ce débat de le faire savoir à
Janine Guespin (janine.guespin1@orange.fr). Dans un premier temps le débat aura lieu par échange de mails sur la liste de diffusion ainsi constituée, jusqu'à ce qu'une réunion puisse se tenir dans de bonnes conditions. Ceci suppose que les premiers échanges seront destinés à établir un texte d'intentions commun.

Le point de départ pourrait être de savoir si et pourquoi la coupure actuelle entre culture scientifique et technique et la Culture ou la culture générale, est « naturelle » ou, au contraire, préjudiciable.

D'où vient cette coupure ? Est-elle à relier avec l'insuffisance de culture scientifique ?
En quoi est-ce dommageable ? Pour les individus, pour les citoyens, pour la démocratie ?
Pourquoi se perpétue-t-elle ?Quel est le rôle de l'idéologie dominante ?

Une différence essentielle entre culture scientifique et technique et les autres cultures (artistique, littéraire...) réside dans l'accumulation (et l'effet cumulatif) des connaissances scientifiques et techniques, qui font que nul ne peut maîtiser toutes « les sciences ».

Quels rapports/différences entre connaissances nécessaires à la maitrise professionnelle d'une discipline scientifique ou technique, et connaissances nécessaires à l'acquisition d'une culture scientifique et technique ?
Cela signifie-t-il que la culture scientifique et technique doive être dissociée de la culture générale ou souligne-t-il la nature des efforts à fournir pour l'y incorporer ? Faut il, et comment, introduire la culture scientifique et technique dans le concept même de Culture ?


La liaison entre culture scientifique et culture technique est-elle une évidence ? Une nécessité ? Ou au contraire masque-t-elle un autre problème ?


Plusieurs associations, d'éducation populaire notamment, tentent de promouvoir la culture scientifique et technique, pour lutter contre le niveau général très faible en France

- Ces efforts seraient ils favorisés dans le cadre global de la défense de la culture ?
Comment passer de la situation actuelle, à une appropriation d'une culture scientifique et technique à la hauteur des enjeux de citoyenneté ?
À quel(s) niveau doit se faire cette acquisition/diffusion ? Quels cadres ? Quelles méthodes ?
Y a-t-il un rôle spécifique du politique dans cette question ? Se cantonne-t-il à la propositions de lois, ou passe-t-il aussi par le soutien, voire l'invention, d'initiatives ?


Dominique Oriata Tron

- Vous parlez de coupure entre culture scientifique et technique d'une part  et culture générale d'autre part, ce qui me semble indiquer que vous êtes impliquée dans cette culture scientifique et technique, ce qui vous pousse à englober sous le terme de culture générale toutes les autres pratiques culturelles.
- cette impression m'est confirmée ensuite  par votre assertion sur la différence essentielle  que vous voyez entre la culture scientifique et technique et les cultures artistiques et littéraires, or quelqu'un qui n'a approfondi que ces cultures littéraires et artistiques pourrait dire exactement la même chose que ce que vous dites de la culture scientifique et technique, en mentionnant l'impossibilité de maîtriser toutes les connaissances accumulées
- ce débat est donc tout à fait nécessaire, et le mot culture étant susceptible de tellement de confusions et de définitions, je suggère que l'on se contente de cerner quelle peut être une politique  qui associe et développe les diverses  pratiques culturelles compatibles avec la culture de gauche selon les électeurs actuels et potentiels du front de gauche.
- depuis plus de trente ans j'essaie d'introduire une distinction entre culture des moeurs, ou de consommation, d'une part  et culture des connaissances, ou du sens, d'autre part. Explication  par des exemples  : Développer le goût de résoudre des équations, d'élucider des fonctionnements de la matière, cela releve de la culture des connaissances, tandis que passer se loisirs à faire du jet ski ou du modélisme , ou à consommer l'application technologique d'une découverte , cela releve des moeurs. Ce sont les besoins des gens selon leurs moeurs qui leur font souhaiter telle ou telle technique, un Eskimo a besoin de roues spécifiques  pour avancer sur la glace. Dans le domaine littéraire, qui englobe toute démarche conceptualisée de la conscience, il est clair par exemple que les religions identitaires relevent de la culture des moeurs, par exemple lorsque les rois faisaient célébrer des messes avant de faire s'affronter leurs soldats, tandis que la réflexion sur les vertus évangéliques de partage social releve de la culture des connaissances, cela concerne vraiment le sens. Au niveau artistique, la culture judeo-arabo-andalouse releve des connaissance quand  il s'agit d'un apprentissage de modes musicaux propres à créer une qualité de vie, tandis que le fait de s'inscrire dans un marketing musical pour cibler une catégorie d'âge ou ethnique , c'est une démarche artistique qui releve des moeurs, la culture de soi de l'autre étant assimilée à son aspect extérieur superficiel et non à sa dimension universelle et partageable. S'agissant du sport, lorsqu'il est pratiqué de façon à équilibrer la santé, il relève de la culture des connaissance, mais s'il s'agit de compétitions où le dopage est devenu incontournable et où les gymnastes avant la quarantaine doivent cesser leur activités car leurs articulations ont été détruites par des entrainements excessifs pour la santé, juste efficaces pour décrocher une médaille sociale, il s'agit de culture des moeurs  Aucune classification n'a de sens prise de façon dogmatique, mais celle-ci me semble moins limitée que l'opposition entre culture générale et culture scientifique et technique. Un ministère de la Culture doit soutenir la diffusion de la culture des connaissance, la culture des moeurs ne doit pas être assisté, elle dépend à la façon des cultes des choix libres des citoyens, ils doivent être tolérés tant sils ne violent pas les droits de l'homme. Dans un pays comme l'Inde, on peut voir un  enseignant jain completement nu croiser une femme en burqua , l'important est que leurs communautés tolèrent les moeurs qui ne sont pas les siennes . La nudité était acceptée dans les gymnases grec, elle l'est aujourd'hui dans les secteurs définis par la loi, comme la burqa, mais ces usages  relèvent de la culture des moeurs et non des connaissances
- en France  on assiste depuis quelques années à un effritement du consensus culturel qui avait réuni des composantes politiques de droite et de gauche dans la Résistance à Hitler. On doit constater que la culture des moeurs gagne de plus en plus de terrain au dépens de la culture des connaissances, et qu'elle sert surtout à rassembler à droite. Les démagogues  de la civilisation  mentionnent les droits de l'homme et des racines chrétiennes mais on ne voit par le respect des valeurs corollaires dans les pratiques politiques de droite, des écrivains engagés vont plutôt jusqu'à faire du saucisson l'emblème de la spécificité culturelle. Symétriquement, le discours de gauche ne semble désormais compréhensible qu'aux populations ayant été impliquées dans un certain degré d'éducation, et donc capable d'analyse et de distance par rapport à l'identitarisme grégaire, ce qui a poussé une frange des électeurs de droite et du centre à faire élire Hollande, tant le libéralisme de son concurrent  attestait d'une dérive de  démocratie vers la voyoucratie
- la coupure entre culture des connaissances et la culture des moeurs est l'effet seulement du degré d'implication de chaque citoyen. Chacun de nous peut avoir approfondi un domaine de connaissance, qu'il soit scientifique, artistique, philosophique, ce qui englobe le spirituel (le littéraire étant unes sorte de métissage entre l'artistique et le spirituel), et, pour les domaines que nous connaissons peu, nous en restons au niveau de la culture générale, laquelle est nécessairement imprégnée de l'idéologie dominante diffusée par les médias dominants, même si il y a aussi l'influence de la culture de notre milieu social, du milieu religieux, et des reflexes de gauche ou de droite que l'on y a acquis. Mais attention, même là la confusion menace, car les mots ont historiquement tendance à changer de sens selon les moeurs des locuteurs. Un exemple frappant en a été le soutien des dirigeants du parti Communiste Chinois à Sarkozy. Le stalinisme est une dérive autoritaire reproduisant des mécanismes analogues  dans les dérives d'extreme droite, d'ailleurs les nazis , les fascistes et les franquistes n'hésitaient pas à se travestir de phraséologie socialiste ou évangélique. La première urgence pour éviter les amalgames contre le front de gauche fut de mettre l'humain au centre de l'économie, et non le contraire. En fait, la culture de gauche s'identifie largement à la culture des philosophes du XVIII ème siècle qui a succédé à la  culture de l'Ancien régime, et c'est cette culture nouvelle qui a rendu possible les avancées sociales auxquelles les français restent attachés, même si certains à droite imaginent les protéger  comme on protège un héritage matériel , sur des critères plutôt  ethniques, même si ce n'est pas avoué, car une part de l'idéologie dominante condamne le ségrégationnisme. Le saut évolutif effectué par les philosophes du temps de Voltaire a initié l'humanité à une identité humaine dépasse les identités tribales ,ce qui avait été déjà suggéré par Socrate, Jésus, Bouddha, les yoguis siddhas  et Mohamed (Mahomet), et cette identité humaine a imprégné l'identité nationale française au point d'en faire la réputation, le rayonnement culturel mondial de la France n'est pas celui des capétiens ou des mérovingiens . Il faut donc garder à l'esprit que le saut évolutif commencé à la fin du XVIII ème siècle se fonde sur l'impératif d'universalité des connaissances, d'un examen de leur valeur non sur des critères grégaires d'appartenance communautaire mais sur une approche scientifique de  l'utilité de toute production culturelle, qu'il s'agisse de percer de percer des secrets de la matière, ou de créer une ambiance de vie à travers l'art, ou des débats sur l'économie ou les croyances  à travers les expressions de la pensée . Face au mondialisme de l'Empire financier et des multinational, il parait nécessaire de réinventer  un internationalisme non centralisé et non dogmatique , et le champ de la culture ; dans sa diversité , est rééllement propre à offrir une synchronisation à toutes les composantes de la créativité mondiale. Selon les termes de la charte des enfants  , tout enfant doit pouvoir hériter de toutes les cultures, ce qui est déjà largement admis en ce qui concerne les sciences. Le  rôle d'un ministère de la Culture est de favoriser une approche scientifique de la Culture dès l'école, c'est à dire de rendre chacun capable d'estimer ce qui est vraiment source de développement personnel et social dans tous les héritages culturels, et ce n'est pas possible en développant une identité grégaire, ni en continuant à alimenter les rentes de situation  des oligarchies culturelles . Celles ci  relèvent de la culture des moeurs,ce n'est pas à l'Etat de subventionner leur habillage technique extrêmement couteux. Il est préférable de faciliter davantage l'action de   pédagogues scientifiques et techniques  et d'artistes aux mains nuees capables d'animer une activité culturelle à moindre coût mais couvrant de plus larges secteurs dans la population?
- il y a , comme vous l'affirmez,  un rapport  entre la maîtrise  d'une discipline par des spécialistes et la diffusion d'une culture générale faisant connaître les potentialités des multiples connaissances culturelles de sorte à ce que chaque enfant et citoyen soit capable d' y construire sa destinée et son quotidien  plutôt que dans des jeux vidéos. Ces jeux, tout comme le culte de personnalités de la chanson ou du cinéma releventde la culture grégaire des moeurs . ces activits développées par des compagnies ne devant pas être assisté par le  ministere de la Culture, mais seulement de celui en relation avec les petites ou grandes entreprises privées, . Vouloir assister ces entreprises contre la concurrence du numérique n'est pas le rôle de l'Etat, ce serait comme si lors de l'invention de l'imprimerie il fallait subventionner les chaires dans les églises. Au contraire , il fallait démocratiser l'imprimerie comme maintenant la communication et la créativité numérique planétaire, car les problemes posés par le mondialisme capitaliste necessite une communication des acteurs culturels au delà des frontieres et des patentes. La culture des connaissances ne relève pas du commerce , mais comme l'éducation, elle relève  du débat sur les composantes d'une civilisation sociale mondiale et de ses valeurs réelles, non par effet grégaire de mode. Ce débat  n'est possible que là où la liberté d'expression n'est pas muselée, aussi même s'il a lieu à Marseille, Nouméa ou Montreal, il doit accueillir la participation des créateurs ne pouvant s'exprimer dans des régions francophones où il est dangereux et censuré  . Aucun prétexte ne doit être invoqué pour contrôler cette liberté d'expression sur Internet, ni l'anonymat, ni les droits d'auteurs, qui sont en fait surtout les monopoles  commerciaux  des éditeurs. les créateurs doivent pouvoir directement être en contact avec les populations, soit comme des pédagogues bénévoles, soit en disposant de boutons d'achat de leurs ouvrages, ou de boutons de donation.
- La culture spécialisée, c'est à dire scientifique ,technique, aristique et linguistique , philosophique  ne saurait être dissociée de la culture générale mais en être la source sans cesse réactivée . J'ai expliqué comment le problème  a été mal posé en opposant culture scienfifique et technique à culture générale. L'esprit scientifique et le goût de la véridicité et de la maîtrise de la qualité de vie par les pratiques culturelles au quotidien doit être promu comme la finalité même  de la  culture générale qui n'est que l'ensemble des connaissances approfondies ou non  de chaque citoyen.
- S'agissant des cadres et des méthodes d'une politique culturelle, je crois qu' il faut se garder de trop de dogmatisme et d'invertionnisme, et beaucoup compter sur les initiatives et ne pas les brider par trop de législation. Dans le domaine de la danse par exemple , il me parait bien plus interessant de permettree à des artistes en RSA d' animer des ateliers selon leurs capacités et celles du lieu où ils exerceront que de'exiger d'eux, pour ouvrir un cours, d'effectuer un cursus universitaire de professeur de sport. Une politique culturelle réellement de gauche favorise la multiplication des ateliers d'initiation technique, scientifique, artistique ou littéraires (linguistiques et débats  philosophiques selon le niveau et le contexte). A force de trop poser de cadres , l'etat décourage les initiatives. Les cadres , il faut les imposer  aux activités bancaires et commerciales, car là l'appât du gain empêchera le découragement total qui atteint les hommes de connaissance lorsqu'on veut trop les ventriloquer. Toute une population est au chômage mais en mesure de s'intégrer ou de créer une nouvelle économie à travers des ateliers de partage culturel concernant tous les domaines d'activité possible. 
- Le lien entre culture scientifique et technique n'est pas évident et masque effectivement une autre problématique. Les techniques, qu'elles relevent de la science ou de l'art, sont plutôt des savoir-faire dont les formes dépendent largement des besoins personnels ou collectifs  et des moeurs. C'est comme l'art de confectionner des maillots de bains ou des burquas; dans les deux cas il s'agit de couture, et la technique se base sur les bases scientifiques de toute couture, mais la burqua comme le  monokini ne sont que des produits de la culture des moeurs et non des connaissances  , leur législation relève des autorités qui réglementent le naturisme ou la commercialisation de propres propres à la consommation. peut-être cela peut relever de la communication , or on distingue généralement culture et communication, même si un même ministère les associe. Cette distinction est nécessaire. Lorsqu'on finance des moyens techniques pour des compagnies de théâtre, on ne fait pas de la culture mais de la communication, on fait des choix qui donnent de l'impact médiatique et du prestige  à certaines compagnies plutôt qu'à d'autres. Si on finance un autobus  informatique dans des banlieues ou des zones rurales, on fait de la communication, tandis que l'atelier lui même nécessite un animateur culturel. Il est donc clair que culture et communication sont très liées,et  il y  a une tendance dans la population à s'interesser d'abord à la technique et au spéctacle et ce n'est qu'à travers eux que l'esprit scientifique et les savoirs artistiques les motive , néammoins il ne faut pas oublier le sens au seul profit de la forme. Et ce serait de la démagogie de droite que de réduire la culture aux jeux du cirque et aux engins technologiques . Je me souviens de subventions culturelles à tahiti qui cherchaient à motiver des jeunes de quariers difficiles en leur fournissant des moyens techniques coûteux pour faire de la musique, alors que dans les mêmes quartiers  des groupes de folklore détiennent des savoirs ne nécessitant pas de frais, à part de sortir leurs artistes du chômage.la créativité est possible avec un minimum, alors qu'un maximum de frime encourage le  terrorisme intellectuel de la mode, qui acculture  La culture de gauche, c'est de favoriser un accès aux savoirs humains, scientifiques, artistique, sportifs , et pas une compétition avec les marchands de musique et de jets ski, ni de subventionner ces derniers, car c'est bien là la spirale sans issue où se sont placées les politiques culturelles précédentes . Subventionner une nomenklatura ne freinera pas l'acculturation.Mieux vaut donner beaucoup d'emplois et de mission à une échelle conviviale à des hommes de connaissance payés au smig que de financer des moyens techniques énormes là où le tableau noir est encore utilisable ainsi que des locaux déjà existants. L'humain d'abord.

Jean Jacques M'U

Vous avez demandé :
Le point de départ pourrait être de savoir si et pourquoi la coupure actuelle entre culture scientifique et technique et la Culture ou la culture générale, est « naturelle » ou, au contraire, préjudiciable.
D'où vient cette coupure ? Est-elle à relier avec l'insuffisance de culture scientifique ?
En quoi est-ce dommageable ? Pour les individus, pour les citoyens, pour la démocratie ? 
Pourquoi se perpétue-t-elle ?Quel est le rôle de l'idéologie dominante ?

Quelques-unes des observations que je pourrais proposer en éléments de réponse :
1. Ces distinctions « Culture scientifique et technique » et « Culture générale » se trouvent inscrites depuis les années 1980 dans les trois grandes catégories des baccalauréats : la première dite "bac général" (comprenant : – la filière L, Littéraire, – la filière S, Scientifique et – la filière ES, Économie sociale) et les deux autres catégories étant dite : l'une "bac technologiques" (Scientifiques et techniques de ceci ou cela...) et l'autre "bac professionnels".
2. Nous retrouvons ensuite la même logique séparant symboliquement le "concret" de l'"abstrait" au sein de chaque filière, de chaque discipline à l'université, et de chaque profil dit d'orientation des professions : – licence ou master vs licence ou master professionnel ; – recherche vs recherche appliquée ; – droit des affaires vs droit social ; – médecine générale vs médecine spécialisée ; – littérature et civilisation vs langues et linguistique, etc.
3. La pensée qui découle de ces divisions dans la structuration des modèles sociaux de notre pays pose une conception avec d'un côté le pratique ou le pragmatique, et de l'autre l'abstrait ou le théorique. Le paradoxe réside en cela que les discours officiels parlent souvent de passerelles entre les deux formes d'approche ; il ne s'agit pas toujours de vœux pieux, quelques réelles tentatives réussissent peu ou prou et on a pu relever des efforts de transdisciplinarité dans de nombreux domaines selon les tranches d'âges ou les publics (par exemple, en collège, les classes de 5e et de 4e ont un parcours découverte mêlant par semestre 4 disciplines autour d'un sujet commun : on y voit les matières dites "nobles" confrontées à cette occasion aux autres matières enseignées.).
4. Existe-t-il une étude approfondie de ce phénomène ?... qui est pourtant souvent à la base de nombreuses discussions et de réels débats de société. Certainement, mais il y a fort à parier que le temps de l'analyser (il faut au moins trois à quatre ans pour une thèse solide) que déjà les nouvelles structures et les modes viennent transformer les paramètres et les résultats du clivage spécialisé/général. Il sera sans doute possible de tirer des conclusions sur une période donnée (2007-2012 par exemple) mais il y a de fortes chances que ce qui se joue actuellement dans les populations soit d'un tout autre ordre (est-ce que la pression arrogante et intimidante des impératifs de résultats chiffrés va laisser place à une forme d'incitation plutôt favorable à la finance ou bien au contraire plutôt favorable au social ?... même le résultat des élections prochaines ne permettra pas de résoudre entièrement les incertitudes, les contradictions, les complémentarités, les alliances entre le terrain qui fait l'expérience des décisions et le laboratoire qui parle ou bien en induction, en amont, ou bien en déduction, en aval de l'expérience.).
5. Enfin, la métaphore du corps social inventée par Platon à partir du corps humain semble se perpétuer, tant il a imprégné les mentalités, même si on en peut dénoncer çà et là les dérives comme à travers l'érudition de Dumézil ou la vulgate des célèbres fondations d'Asimov : – 1. la tête pour penser, – 2. les membres pour servir et – 3. le corps pour jouir : même analphabètes, incultes et illettrés ce que transmettent communément les parents à leurs enfants un peu partout dans le monde, c'est que ce qui domine se trouve en haut, c'est l'esprit (pensée religieuse ou politique), c'est l'idéal qui s'écrit par les lois, c'est la tête ; ensuite, dans un deuxième temps, il y aurait l'action pour répondre et obéir aux ordres d'en haut (faire acte, souvent attribué au militaire, quelquefois à ce qui travaille et sert, la main d'œuvre, l'industrie...), ce sont les membres, qu'on trouve parfois en bas, tout en bas ; et, enfin, le troisième temps, entre le haut de la pensée et le bas du service, ce serait le corps qui serait là pour profiter, pour bénéficier de l'alliance, réussie ou pas, des deux précédents. 
6. Cette idéologie dominante imprègne nos pensées jusque dans la distinction des trois personnes de la conjugaison : si simpliste que soit le schéma corporel de Platon, il est universalisé. Émile Benveniste et ses successeurs ont montré que dans la langue française, ce tripartisme culturel se répercute implicitement dans une autre triade, celle de la conjugaison : le JE de première personne servant à exprimer, le TU de deuxième personne servant à inciter, prier, commander, et le IL/ELLE/ON de troisième personne servant à traiter des autres, plus ou moins proches, plus ou moins inclus dans notre temps ou dans notre espace. Ce qui fait que le JE sert aux émotions et à la poésie comme à l'expression du sentiment, de l'intime. Le TU sert à l'amour/la haine et à la politique, la religion, le lien entre les individus. Et, enfin, le IL sert à la culture du récit, du témoignage, de l'exposé des lois, des interdits et des obligations. Quant au pluriel, la première des trois personnes permet de distinguer entre les cultures limitées à soi (nous exclusif) et les cultures ouvertes aux autres (nous inclusif), c'est-à-dire entre les mécanismes endocentrés, voire endogamiques, et les mécanismes excentrés, voire exogamiques. J'ai peu de données sur les deux autres personnes du pluriel, bien que des statistiques de fréquentation et d'occurrences permettraient sans doute d'émettre quelques hypothèses sur les clivages culturels. 
Je tirerai ici la conclusion toute temporaire que les mentalités ont tellement imprégné ces distinctions que le débat devra sans doute porter sur leurs relations entre elles, leurs passerelles, plutôt que sur la nature respective de la culture dite générale et la culture dite scientifique et technique. 
Je termine en rappelant après Ivan Illitch que le propre d'une institution est celle d'un profond paradoxe : une institution aboutit à l'inverse de sa vocation (le ministère de la Défense défend moins qu'il n'attaque, l'Enseignement enseigne moins qu'il n'exclut, les Finances finances moins qu'elles ne prélèvent, taxent, imposent et ponctionnent, et, enfin, la Culture cultive moins qu'elle n'entretient certains artistes choisis.) Il y a peut-être un signe à entendre avec ce ministère de l'Éducation populaire qui vient d'être créé ?...

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