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Culture scientifique et technique : sens restreint et sens large. Une double bataille pour l'émancipation humaine.

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Culture scientifique et technique : sens restreint et sens large.. Une double bataille pour l'émancipation humaine.


Culture, culturel...que de significations diverses et parfois sans aucun rapport. Cultures maraichères, culture Maya, culture physique, un homme de grande culture, la défense de la Culture, la culture générale, la culture scientifique et technique, la défense et promotion de l'art et de la culture, le programme culturel d'une MJC, le grand public cultivé, combien d'autres encore...

Donc, si on parle de « culture scientifique et technique », il faut d'abord se demander « De quoi s'agit il ? ». Il y a deux significations qui, sans être opposées, entrainent cependant des attitudes et des actions différentes.
L'une évoque les connaissances en matière de sciences dans la population française (et le plus souvent, lorsque ce terme est mentionné, il ne s'agit pas des sciences humaines et sociales, ce qui pose encore une autre question). Je l'appelai ici culture scientifique au sens restreint. Le constat unanime, est que ce niveau est « trop faible ». Trop faible pour donner aux citoyens une possibilité de regard sur des évolutions techniques qui les concernent pourtant directement. Les actions qui découlent de ce constat sont multiples : vers l'éducation nationale dont les programmes sont en partie responsables de cette faiblesse, vers l'éducation populaire, pour pallier ces défauts, vers des activités de culture scientifiques, via les médias, les expositions, les livres...

L'autre considère en outre que la culture scientifique et technique devrait faire partie de la Culture, alors que, dans l'acception généralement utilisée de culture (ou encore art et culture), il n'en est rien. C'est cette préoccupation, (que je nommerai culture scientifique au sens large) qui englobe la première mais la dépasse, qui m'a animée en proposant l'atelier culture scientifique et technique au sein du front de gauche thématique « culture ».
Ma thèse est qu'il s'agit d'une coupure (une « fracture ») dont l'origine est relativement ancienne, mais qui est maintenue par l'idéologie dominante capitaliste, qui, en séparant les divers éléments qui devraient contribuer à façonner une personnalité citoyenne et créatrice, contribue à empêcher l'émancipation humaine.

Réduire la culture à ce que l'on nommait « les Humanités », ou la réduire aux activités artistiques, c'est, si on y réfléchit selon cet angle, accepter que « l'homme – et la femme- cultivé(e) » puisse être complètement ''inculte'' dans les domaines scientifiques et techniques. C'est accepter que les sciences et les techniques soient un domaine réservé. Réservé à qui ? A une élite, bien sûr, mais pas n'importe laquelle. Une élite bien plus fermée que l'élite du « grand public cultivé », qui est censée partager des connaissances littéraires et artistiques, accessibles à tous quelle que soit leur profession. Le monde fermé des Scientifiques et des ingénieurs (les savoirs ouvriers étant exclus de l'acception générale culture technique, lorsqu'elle est accolée à scientifique). Au point que nombre de personnes considèrent que culture scientifique est un oxymore, un non sens, car la quantité de connaissances actuelles nécessite la spécialisation, incompatible avec la culture, qui par définition doit s 'adresser à tous.

Autrement dit il ne pourrait ou ne devrait pas exister à l'heure actuelle de culture scientifique au sens large. C'est cette conception qui est à mon sens, responsable de la faiblesse de la culture scientifique au sens restreint

Cette conception est aliénante à la fois humainement et politiquement.

Humainement, parce qu'elle signifie que les citoyens, (dont la majorité ont été privés des rudiments de culture scientifique dès l'école), doivent accepter de vivre dans un monde auquel ils ne doivent rien comprendre ou si peu, dont ils ne doivent rien connaître, se reposant sur la science des experts scientifiques pour cela. Ce n'est pas parce que la majorité des français vivent « depuis toujours » de cette façon, qu'ils ont raison de ne pas la trouver aliénante, réductrice, voire infantilisante !
Être privé de culture scientifique au sens restreint, c'est être privé de comprendre le monde qui nous entoure, Être privé de culture scientifique au sens large, c'est être convaincu que c'est normal, que la science et la technique ne sont pas accessible à tous, et qu'elles ne sont donc pas l'affaire de tous!!

Enfin, être privé de culture scientifique c'est aussi être privé des méthodes de pensée que la science, les sciences, développent : acquérir l'esprit critique, penser la complexité du monde, penser le mouvement, la dynamique, refuser le simplisme, cette plaie de la politique actuelle, fumier sur lequel se développe le populisme à la Lepen.

Alors comment se fait il que cette situation perdure ? Qu'elle soit même si peu combattue par ceux qui se sont mobilisés pour inventer une autre culture, jusqu'aux auteurs du livre du FdG (un projet pour l'art, la culture et l'information,) qui ne comporte que quelques allusions à la culture scientifique et technique ?

Ne serait-ce pas parce qu'il s'agit d'un des rouages idéologiques majeurs de l'hégémonie capitaliste ? Tellement fort, qu'il en est devenu invisible ! Jusque dans les années 50, la matière utilisée pour sélectionner les enfants qui allaient devenir « l'élite » (et qui l'étaient déjà socialement) était le latin-et-le-grec. Puis les mathématiques ont pris progressivement le relai, à petit bruit, et les « nuls en math », culpabilisés par l'idéologie des dons, ont été priés de s'intéresser à la ''culture générale''. Si bien, notamment, que la révolution informationnelle, effet et cause de transformations scientifiques et techniques de portée civilisationnelle immense, est restée entre les mains de cette élite, que la population n'a eu son mot à dire sur aucun des choix scientifiques et techniques qui ont marqué cette révolution qui a pourtant bouleversé nos vies. Si bien aussi que les risques que font courir aux populations les mésusages des découvertes scientifiques ne deviennent visibles qu'après coup et ceux qui s'en émeuvent confondent bien souvent la science et ces applications. Le débat sur les OGM a été exemplaire en ce sens. Partisans inconditionnels des OGM (sans discriminer entre les diverses applications) au nom d'un 'progrès de la science' quasiment déifié, ou adversaires tout aussi inconditionnels, (également souvent sans discriminer entre les divers types d'OGM) étaient souvent également victimes de cette absence de culture scientifique. Qui plus est, ce débat a mis en évidence combien cette absence concerne les travailleurs scientifiques eux mêmes, cloisonnés, enfermés dans leur spécialisation de plus en plus stricte, rendus myopes par l'exercice de leur profession, et trop souvent inconscients eux mêmes de cette myopie.

Donner aux citoyens (y compris donc aux scientifiques) une culture scientifique et technique les inciterait aussi à vouloir dire leur mot dans les grands choix scientifiques et techniques qui, plus que jamais, avec le capitalisme financiarisé et l'économie de la connaissance, reste le monopole des classes dirigeantes sous la houlette des lobbies des grandes entreprises. Ce serait un puissant levier de démocratie, scientifique et technique certes, mais in fine, de démocratie tout court.

A cette première coupure, s'ajoute celle entre culture scientifique et culture technique qui représente un niveau supplémentaire d'aliénation. D'une part, comme traditionnellement la technique est du côté manuel, la division du travail propre au capitalisme entre intellectuel et manuel, déjà dénoncée par Marx, a relégué la culture technique au second rang, tout comme l'enseignement technique. Mais d'autre part, et inversement, la volonté actuelle de détourner la science vers ce qu'ils appellent ''l'innovation'' (inventions susceptibles d'apporter du profit et de soutenir la compétitivité des entreprises) jointe à la sophistication grandissante des techniques sous l'effet des découvertes scientifiques, a conduit à détourner la signification du mot « technologie ». Utilisé à l'origine pour désigner l'étude des techniques, il a tendance à être utilisé actuellement pour désigner des techniques nécessitant un haut niveau de scientificité, et justifier un amalgame entre science et technique, sous la dénomination de « technoscience », destiné à conforter l'objectif essentiel donné actuellement à la recherche scientifique, de contribuer aux innovations. Cet objectif est devenu un objectif politique majeur à la fois de la droite et du social libéralisme.

Comment redresser la barre? Comment passer de la situation actuelle, à une appropriation d'une culture scientifique et technique par tous? Comment créer une culture scientifique et technique dans le concept même de Culture ? Certes, toutes les initiatives et les luttes pour améliorer la culture scientifique au sens restreint sont nécessaires, et même indispensables. Mais l'objectif d'augmenter la culture scientifique au sens restreint doit alimenter celui de créer cette culture scientifique et technique au sens large.
Ce chantier d'ampleur à entreprendre doit être abordé au niveau idéologique, et la bataille pour la création d'une culture scientifique et technique au sens large devrait devenir un objectif politique de la gauche de transformation sociale.
Un grand travail d'élaboration sera nécessaire car les sciences et les techniques ont leurs spécificités propres, qui devront être prises en compte, notamment dans le cadre du service public de la culture que prévoit le front de Gauche. C'est cette bataille même qui fera germer les idées nécessaires à sa réalisation, et permettra d'incorporer les diverses initiatives qui ont déjà vu le jour, dans le domaine de l'éducation populaire, et même dans le domaine artistique (à l'instar de ces pièces de théâtre inspirées par un dialogue entre un auteur dramatique et un scientifique), mais surtout d'aller beaucoup plus loin.

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2 intéressant le Sam 16 Juin - 12:56

Ton texte est intéressant.
Il pointe en tout cas la signification démocratique de la revendication d'un accès de tous aux sciences et aux techniques.
Il souligne, à juste titre, selon moi que la coupure entre "une culture supposée dans le domaine symbolique" et "une autre supposée dans le domaine rationnel et pragmatique" est absurde, crée des individus et des groupes sociaux aliénés, handicapés pour comprendre et agir dans le monde dans ses aspects sociaux, culturels, économiques, matériels et environnementaux (qui sont imbriqués les uns dans les autres).
Mais je ne suis pas sûr qu'il soit vrai qu'il y ait jamais eu un primat culturel et politique des arts et lettres... Sans doute, dans l'antiquité et le moyen-âge, l'administration, la culture juridique et politique étaient essentielles à l'édification du pouvoir, mais l'art militaire, le génie civil et militaire, l'agronomie, l'architecture etc... étaient au moins aussi constitutifs du pouvoir.Les architectes et ingénieurs - sans parler des guerriers - ont fait au moins autant pour l'édification des empires chrétiens que les théologiens et les poètes.
Plus près de nous, les écoles de l'élite mises en place à l'époque moderne ont été d'abord: l'école polytechnique, l'école des mines, les grandes écoles militaires.
La partition contemporaine entre la culture littéraire, philosophique et artistique d'un côté, la culture des sciences et techniques de l'autre accompagne encore la ségrégation de sexe, au détriment du sexe féminin...
La partition entre l'éducation aux techniques au sens étroit (c'est à dire l'apprentissage de spécialités d'opération) et l'éducation aux sciences et à la technologie accompagne la ségrégation selon la position dans la division du travail. Elle tend à déposséder les producteurs de la maîtrise des processus, confortant leur subordination et leur aliénation. Au passage une propagande insidieuse tend à favoriser l'identifcation des uns à "la pratique" et des autres à la "théorie. Elle favorise corrélativement le développement dans les disciplines scientifiques d'hyperspécialisations infondées épistémologiquement et qui coupe les sciences abstraites de la pratique, faisant de la science une activité orientée vers ses propres produits autonomisés (les "publications"...) indifférente à leurs mise en oeuvre et leur évaluation pratique dans les réalités sociales et matérielles...
Il est possible que les formes aberrantes prises aujourd'hui par la science économique, qui ont permis la confusion entre la finance et l'économie, entre les produits financiers et les valeurs réelles, renvoient aussi à cette désastreuse coupure du symbolique et du pragmatique.Même si, évidemment, comme on le voir aujourd'hui avec la Grèce, la financiarisation de l'économie est d'abord une technique cynique de pillage des travailleurs par le capitalisme financier.

Pourtant je partage les motivations de ton propos, c'est à dire l'idée de la nécessité d'une démocratisation de l'accès à la science et aux techniques, sans les séparer de la dimension symbolique de la culture.

D'autre part, comme à d'autres époques, l'époque contemporaine se caractérise pour une fertilisation croisée de l'art, y compris littéraire et des sciences et techniques. Révolution des arts de l'image, appropriation des technologies numériques par la musique, la littérature, les arts plastiques, la création audiovisuelle, les spectacles vivants,la scénographie.

Ce pourrait d'ailleurs certainement être un levier de démocratisation de la culture scientifique et technique que de la faire expérimenter et pratiquer dans des pratiques et expériences artistiques...

En tout cas notre atelier a du pain sur la planche pour oeuvrer à une politique démocratique et une pédagogie égalitaire des sciences et des techniques, probablement solidaire d'un projet politique révolutionnaire.
Merci d'avoir créé les conditions de ce travail et cette réflexion.
Olivier




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